Phénomène de mode ou une nouvelle façon de penser le territoire ? Le Forum national des Interconnectés 2016 s’est penché sur la question des tiers-lieux. De façon volontairement provocatrice aujourd’hui : « Y a t-il trop de tiers-lieux ? »

–          Le mot « tiers-lieu » ne fait pas nécessairement l’unanimité car il regroupe sous un même terme des espaces très différents (espaces de travail, d’expérimentation, de citoyenneté, de culture…). Cependant, il témoigne d’un phénomène unanimement constaté par l’ensemble des acteurs présents : le besoin d’espaces, de démarches qui facilitent la réunion d’acteurs très différents (de l’individu au grand groupe en passant par l’institution, l’association, l’école) pour réfléchir, échanger, produire hors de cadres habituels.

–          Si les tiers-lieux tels que les espaces de coworking, les fablab, les livinglab se développent c’est parce que sur de nombreux territoires, des lieux pour accueillir du public et favoriser l’action collective ont fermé. Les tiers-lieux répondent alors à un vrai besoin et proposent des alternatives intéressantes quand les institutions sociales classiques (entreprises, écoles, lieux publics type administration, gare), sont excluantes ou en tout cas ne peuvent pas accueillir un large public.

–          Sur les territoires urbains on assiste c’est vrai à une hyper croissance faisant émerger parfois des phénomènes de concurrence et des structures parfois instables (ce qui n’est pas forcément problématique, un tiers-lieu étant par essence vivant pour Yoann Duriaux notamment, il n’a pas forcément vocation), ou potentiellement victime du syndrôme de la coquille vide (un lieu qui véhicule davantage de la communication ou des discours qu’un réel lieu vivant où se construit une communauté), cela peut donc alerter le décideur public sur ces choix en matière de soutien à l’implantation de tiers-lieux. L’idée n’est pas de créer des lieux sursubventionnés qui n’ont pas de raison d’être

–          Sur les milieux ruraux, la création de tiers-lieux est plus « facile » a priori car il y a en a moins : il s’agit de penser la médiation numérique, proposer des lieux de travail à la population locale pour éviter qu’elle ne s’enferme dans les migrations pendulaires qui sont chronophages et polluantes, offrir aux jeunes des espaces qui leur donnent envie de rester sur le territoire.

–          Au final, les prises de parole de la salle comme les « grands témoins » étaient tous d’accord pour dire que NON il n’y a pas TROP de tiers-lieux en France. Si un phénomène de mode émerge, il faut rappeler que les tiers-lieux ont  toujours existé  : ils sont héritiers de l’agora, de la volonté naturellement humaine de se rassembler sur un lieu pour échanger, produire, se cultiver. Les tiers-lieux sont un témoignage d’un renouvellement en cours en matière de vivre ensemble, d’action collective à l’ère de mutations technologiques, environnementales et sociales majeures.

Intervenants :
– Yoann Duriaux, Co-commissaire de l’exposition « Design moi un tiers-lieux » Biennale internationale du design de Saint-Etienne
– Michael Schwartz, La Cordée
– Yannick Conseil, Grand Angoulême

Animation par Martine Huyon, Groupe Amnyos

Cette controverse s’est déroulée dans le cadre du Forum des Interconnectés 2016

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